Publié le  par Philippe

Bouygues Telecom veut mettre fin aux appels indésirables avec une IA directement intégrée à son réseau

Bouygues Telecom veut mettre fin aux appels indésirables avec une IA directement intégrée à son réseau

Les appels indésirables et les tentatives d’arnaque téléphonique continuent de perturber le quotidien des utilisateurs de smartphones. Pour tenter de répondre à ce problème, Bouygues Telecom lance Anti-Spam, une nouvelle solution capable d’analyser les appels potentiellement frauduleux directement au niveau de son réseau mobile. Développée avec Hiya, elle repose notamment sur des algorithmes assistés par intelligence artificielle et ne nécessite aucune application ni configuration particulière sur le téléphone. Une simplicité qui aura toutefois un prix pour les abonnés particuliers.

Les appels indésirables restent omniprésents

Le téléphone portable est devenu un outil incontournable, mais il reste aussi l’un des principaux points d’entrée pour le démarchage abusif et certaines tentatives de fraude. Faux conseillers bancaires, prétendus services administratifs, démarchage commercial ou appels automatisés, les sollicitations peuvent prendre des formes très différentes.

Les chiffres communiqués par Bouygues Telecom illustrent l’ampleur du phénomène. En 2025, 94 % des Français interrogés déclaraient avoir été confrontés à une sollicitation indésirable. Chez les utilisateurs de téléphones portables, près de neuf sur dix indiquaient également avoir reçu un appel frauduleux ou indésirable au cours des trois mois précédents.

C’est dans ce contexte que l’opérateur veut renforcer les dispositifs de protection proposés à ses clients. Après avoir lancé Branded Call avec Hiya en juin, une technologie permettant notamment d’afficher l’identité d’une entreprise lorsqu’elle appelle, Bouygues Telecom passe désormais à l’étape suivante avec Anti-Spam.

Une IA qui analyse les appels avant même qu’ils arrivent sur le téléphone

La particularité d’Anti-Spam tient à l’endroit où la détection est réalisée. Contrairement à une application installée sur le smartphone, la technologie est intégrée directement au réseau mobile 4G et 5G de Bouygues Telecom.

L’utilisateur n’a donc pas besoin de télécharger une application, d’activer une fonction particulière ou de modifier les réglages de son téléphone. La détection est effectuée au niveau du réseau avant que l’appel ne parvienne jusqu’à l’abonné.

Pour déterminer si un numéro présente un comportement potentiellement indésirable ou frauduleux, Bouygues Telecom s’appuie sur la technologie de Hiya. Celle-ci exploite une base de données alimentée en permanence et analyse différents éléments liés au comportement des numéros de téléphone.

La date de création d’un numéro, le nombre d’appels effectués ou encore la durée des communications peuvent notamment entrer dans l’analyse. L’objectif consiste à identifier des comportements caractéristiques d’appels automatisés, de campagnes massives ou de numéros susceptibles d’être utilisés pour des opérations frauduleuses.

Un numéro récemment créé qui multiplie les appels vers un très grand nombre de personnes, par exemple, peut présenter des caractéristiques différentes de celles d’une ligne utilisée normalement par un particulier. Ces différents signaux permettent au système d’évaluer le niveau de risque associé à un appel.

Une base de données alimentée par des milliards d’événements

Pour entraîner et alimenter sa technologie, Hiya dispose d’une importante quantité de données issues de son réseau mondial. Selon les chiffres communiqués par Bouygues Telecom, sa base est alimentée par plus de 28 milliards d’événements d’appels chaque mois auprès de plus de 550 millions d’utilisateurs dans le monde.

Cette masse de données doit permettre à la technologie d’identifier plus rapidement certains schémas associés aux appels indésirables. Les algorithmes assistés par IA peuvent ainsi prendre en compte différents éléments comportementaux afin de déterminer si un appel mérite une alerte.

Il ne s’agit toutefois pas de considérer automatiquement un numéro comme frauduleux. La technologie fournit une évaluation basée sur différents signaux et vise à avertir l'utilisateur lorsqu'un appel présente un risque potentiel.

Cette nuance est importante, car un numéro récemment créé ou un professionnel passant un grand nombre d'appels ne constitue évidemment pas, à lui seul, une preuve de fraude.

Anti-Spam ne bloque pas les appels

Malgré son nom, Anti-Spam n’est pas un système de blocage automatique. Lorsqu’un appel est identifié comme potentiellement indésirable ou frauduleux, le téléphone de l’abonné peut toujours sonner.

La fonction de Bouygues Telecom consiste avant tout à afficher une alerte afin que l’utilisateur puisse décider lui-même s’il souhaite répondre ou non. L’opérateur met d’ailleurs en avant cette logique comme un moyen de laisser au client la possibilité de choisir les appels auxquels il souhaite répondre.

Cette approche distingue Anti-Spam des solutions qui bloquent automatiquement certains numéros. Ici, Bouygues Telecom ne prétend pas empêcher toutes les communications suspectes d’atteindre le téléphone. Le service ajoute plutôt une couche d’information avant la prise de décision.

Cette distinction est également importante dans le cas d’appels légitimes pouvant présenter un comportement inhabituel. Une entreprise peut, par exemple, effectuer de nombreux appels courts sans pour autant être à l’origine d’une campagne frauduleuse. L’utilisateur conserve donc le dernier mot.

Une solution qui fonctionne aussi sur les iPhone

L’intégration directement dans le réseau présente un autre avantage : la protection ne dépend pas des capacités du smartphone.

Un utilisateur d’iPhone comme un utilisateur d’Android peut ainsi bénéficier du dispositif sans installer une application spécifique. Le fonctionnement étant assuré au niveau du réseau mobile de Bouygues Telecom, il n’est pas nécessaire de disposer d’une version particulière du système d’exploitation.

Cette approche peut également avoir un intérêt pour les utilisateurs qui ne souhaitent pas multiplier les applications de sécurité sur leur téléphone ou qui ne sont pas à l’aise avec les réglages de filtrage des appels.

Bouygues Telecom mise donc avant tout sur la simplicité. Une fois le service activé, la détection repose sur l’infrastructure de l’opérateur et non sur une intervention régulière de l’utilisateur.

Les professionnels sont également concernés

Anti-Spam ne cible pas uniquement les particuliers. Bouygues Telecom prévoit également une offre destinée aux entreprises.

Pour les professionnels qui utilisent massivement le téléphone, les appels indésirables peuvent représenter une perte de temps importante. Les équipes commerciales, les services clients ou les salariés régulièrement en contact avec des prospects doivent parfois traiter de nombreux appels qui n’ont aucun rapport avec leur activité.

La détection peut alors permettre de distinguer plus rapidement les communications potentiellement problématiques des appels attendus.

L’opérateur met également en avant l’intérêt de cette solution pour les petites entreprises. Ces structures ne disposent pas nécessairement d’équipes spécialisées dans la cybersécurité ou dans la gestion des fraudes téléphoniques. Une protection intégrée au réseau permet de déployer le dispositif sans installer de logiciel sur chaque appareil.

2 euros par mois pour les particuliers

Cette protection n’est toutefois pas incluse gratuitement dans les forfaits Bouygues Telecom. Pour les clients particuliers, Anti-Spam sera commercialisé à partir du 5 octobre 2026 au prix de 2 euros par mois et par ligne.

Sur une année, cela représente 24 euros pour une seule ligne. Pour une famille possédant plusieurs lignes mobiles, la facture peut donc rapidement augmenter.

Les entreprises bénéficieront pour leur part d’un tarif inférieur, fixé à 1 euro par mois et par ligne, avec une disponibilité annoncée à partir du 12 octobre 2026.

Le positionnement tarifaire constitue donc un élément important du lancement, d’autant que plusieurs smartphones et services proposent déjà des fonctions de détection des appels indésirables sans abonnement supplémentaire.

Des alternatives gratuites existent déjà

Bouygues Telecom arrive sur un marché où les solutions de détection et de filtrage des appels indésirables sont déjà nombreuses.

Sur Android, l’application Téléphone de Google propose notamment des fonctions d’identification et de détection des appels indésirables, avec des possibilités de filtrage selon les appareils et les configurations.

Apple propose également sur l’iPhone différents outils permettant d’identifier, de filtrer ou de mettre en sourdine certains appels indésirables ou provenant de correspondants inconnus.

Du côté des opérateurs, Free propose également un dispositif destiné à lutter contre le spam vocal. Son système Antispam voix est activé par défaut sur les lignes mobiles Free depuis février 2025 et repose notamment sur une liste de numéros identifiés par l’opérateur.

D’autres applications gratuites peuvent également être utilisées pour identifier ou bloquer les appels indésirables. Le consommateur dispose donc déjà de plusieurs solutions sans abonnement supplémentaire, même si leur fonctionnement et leur niveau d'intégration diffèrent de celui proposé par Bouygues Telecom.

Bouygues Telecom mise sur l’intégration au réseau

C’est précisément sur ce point que l’opérateur cherche à se différencier. Avec Anti-Spam, Bouygues Telecom ne demande pas à ses clients de télécharger une application ou de modifier manuellement les réglages de leur smartphone.

L’intelligence artificielle et les bases de données utilisées par Hiya sont intégrées directement dans l’infrastructure de l’opérateur. Cette architecture doit permettre à Bouygues Telecom de déployer le service à grande échelle tout en conservant une expérience utilisateur relativement simple.

Cette stratégie s’inscrit dans la continuité du partenariat entre les deux entreprises. En juin dernier, Bouygues Telecom avait déjà lancé Branded Call, qui permet notamment d’améliorer l’identification des entreprises lors de leurs appels. Anti-Spam étend désormais cette collaboration à la détection des communications potentiellement indésirables.

Un lancement qui intervient après le durcissement des règles sur le démarchage

L’arrivée d’Anti-Spam intervient également dans un contexte réglementaire particulier. En France, les règles encadrant le démarchage téléphonique ont évolué en 2026, avec un principe de consentement préalable du consommateur pour les sollicitations commerciales, sous réserve notamment des situations liées à un contrat en cours.

La fin de Bloctel et le renforcement de l’encadrement du démarchage doivent réduire les sollicitations commerciales non désirées. Mais ces règles ne peuvent évidemment pas empêcher les fraudeurs d’utiliser les réseaux téléphoniques.

Les appels frauduleux ne respectent pas les règles imposées aux entreprises légitimes. Ils peuvent également utiliser différentes techniques d’usurpation de numéro afin de donner l’impression qu’un appel provient d’un numéro français, d’une entreprise connue ou d’un interlocuteur local.

La réglementation ne suffit donc pas à elle seule à faire disparaître les appels indésirables. Les opérateurs doivent également agir sur leurs réseaux et proposer des mécanismes permettant d'identifier les comportements suspects.

Une couche de protection supplémentaire

Anti-Spam s’inscrit précisément dans cette logique. La technologie de Bouygues Telecom ne remplace pas les mécanismes d’authentification des numéros, les fonctions de filtrage des smartphones ou les dispositifs permettant de signaler un appel frauduleux. Elle vient ajouter une couche supplémentaire de détection.

Cette approche permet aussi de distinguer plusieurs problématiques. L’authentification d’un numéro vise notamment à vérifier qu’un appelant utilise bien le numéro qu’il présente. Anti-Spam cherche davantage à déterminer si le comportement associé à ce numéro ressemble à celui d’un appel indésirable ou potentiellement frauduleux.

Ces technologies répondent donc à des problèmes différents et peuvent être complémentaires.

Un service qui devra convaincre malgré son prix

Avec Anti-Spam, Bouygues Telecom fait le choix de facturer une fonction qui existe déjà sous différentes formes sur les smartphones et chez certains concurrents. L’argument principal de l’opérateur repose sur l’intégration directe dans son réseau et sur l’absence totale d’installation ou de configuration pour l’utilisateur.

Pour un particulier, la question du prix sera toutefois centrale. Débourser 2 euros chaque mois pour recevoir une alerte, sans blocage automatique des appels, représente un coût supplémentaire alors que plusieurs solutions gratuites sont déjà disponibles.

Le service pourrait en revanche trouver un intérêt particulier auprès des utilisateurs qui privilégient une solution directement intégrée au réseau, mais aussi auprès des entreprises qui souhaitent déployer une protection sur un parc de téléphones sans installer et configurer individuellement chaque appareil.

Bouygues Telecom ne promet donc pas de faire disparaître les appels frauduleux. Anti-Spam cherche plutôt à donner davantage d’informations à l’utilisateur au moment où son téléphone sonne. L’opérateur ajoute ainsi l’intelligence artificielle à son réseau mobile pour tenter de transformer un simple appel inconnu en appel identifié comme potentiellement suspect, avec une décision finale qui reste entre les mains du client.


 

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