SFR : vers une offre portée à 20 milliards d'euros pour conclure avant la présidentielle ?

Le dossier SFR vient de franchir une étape décisive. Après un premier refus et plusieurs mois d’incertitudes, Bouygues Telecom, Orange et Free s’apprêteraient à déposer une nouvelle offre de rachat, revue à la hausse, pour reprendre une large partie des activités de leur concurrent. Selon plusieurs sources concordantes, le montant pourrait désormais avoisiner les 20 milliards d’euros, contre 17 milliards lors de la première proposition formulée à l’automne.
L’objectif est clair : accélérer le calendrier pour finaliser l’opération avant l’élection présidentielle de 2027 et éviter que la recomposition du marché français des télécoms ne s’invite dans le débat politique.
Une due diligence éclair sur les comptes d’Altice France
Le tournant du dossier s’est joué ces dernières semaines. Autorisés par Patrick Drahi à auditer les comptes d’Altice France, maison mère de SFR, les trois opérateurs ont mené une phase de « due diligence » particulièrement rapide.
Ouverte début janvier, cette procédure s’est achevée en à peine cinq semaines qui est un délai inhabituellement court pour une opération de cette ampleur. Près de 200 spécialistes, parmi lesquels banquiers, consultants, juristes et fiscalistes, ont été mobilisés pour examiner en détail les comptes, la dette, les contrats et les actifs du groupe. L’enjeu : évaluer précisément la valeur réelle du « joyau » d’Altice France et identifier les éventuels risques financiers ou juridiques.
Cette étape, indispensable avant toute acquisition, visait à lever les dernières zones d’ombre après le rejet de la première offre. La rapidité de l’exercice traduit une volonté commune d’éviter l’enlisement et de sécuriser au plus vite une nouvelle proposition.
Une offre revalorisée autour de 20 milliards d’euros
En octobre dernier, l’offre initiale du trio s’élevait à 17 milliards d’euros. Elle valorisait Altice France à environ 21 milliards d’euros, bien en deçà des 28 milliards retenus lors de l’entrée des créanciers au capital du groupe. Cette proposition portait sur environ 80 % des actifs de SFR.
Resteraient exclus du périmètre plusieurs participations stratégiques, dont Intelcia, UltraEdge et XpFibre, ainsi qu’Altice Technical Services et les activités dans les départements et territoires d’outre-mer.
D’après les informations rapportées par La Lettre et confirmées par BFM Business et Les Echos, la nouvelle offre en préparation pourrait atteindre près de 20 milliards d’euros, traduisant un effort substantiel des acquéreurs potentiels. Le périmètre visé, lui, demeurerait inchangé.
Des discussions seraient toutefois encore en cours sur certains paramètres financiers et opérationnels, ce qui expliquerait le léger décalage dans la formalisation de l’offre. Son dépôt est désormais attendu d’ici à la fin avril.
Une opération sous contrainte politique
Au-delà des considérations financières, le calendrier politique pèse lourdement sur le dossier. L’exécutif suivrait de près l’évolution des négociations, avec la volonté affichée de voir la vente aboutir avant l’élection présidentielle du printemps 2027.
À mesure que l’échéance électorale approchera, le climat des affaires pourrait devenir plus incertain. Une opération aussi structurante qui ferait passer le marché français des télécoms de quatre à trois grands opérateurs risquerait alors d’être instrumentalisée ou retardée par le contexte politique.
Le temps est donc compté. Pour les candidats au rachat comme pour les pouvoirs publics, il s’agit d’éviter que le dossier ne s’enlise dans une séquence électorale propice aux surenchères et aux crispations.
Le passage obligé devant l’Autorité de la concurrence
La route reste cependant semée d’obstacles réglementaires. Toute acquisition devra être examinée par l’Autorité de la concurrence, qui analysera minutieusement les effets de la concentration sur le marché.
Le passage de quatre à trois opérateurs nationaux soulève des enjeux considérables, à commencer par le risque d’une hausse des prix pour les consommateurs, mais aussi la nécessité de garantir une concurrence réelle et durable sur les marchés du mobile et du fixe, sans oublier les conséquences sociales qu’une telle consolidation pourrait entraîner pour les salariés du secteur.
Avec environ 8 000 salariés, SFR représente un acteur de poids. Une fusion entraînerait inévitablement des doublons, notamment dans les fonctions support et le réseau de boutiques. Parmi les pistes évoquées figurent un moratoire de deux à trois ans sur les licenciements, l’interdiction de déclencher immédiatement un plan social après le rachat, ainsi que le maintien de certaines activités stratégiques sur le territoire.
Pour fluidifier l’examen du dossier, des échanges informels auraient déjà été engagés entre les acquéreurs potentiels et le régulateur, afin d’anticiper les points de friction et d’ajuster le montage en amont. L’ambition affichée serait de traiter l’opération en moins d’un an : un défi considérable au regard des précédents européens.
À titre de comparaison, l’approbation de la fusion entre Orange et MásMóvil en Espagne avait nécessité plus de 18 mois de discussions avec les autorités de concurrence.
Une recomposition historique du marché français
Si elle aboutit, l’absorption de SFR par ses trois concurrents marquerait un tournant majeur pour le secteur. Depuis l’arrivée de Free Mobile en 2012, la France s’est imposée comme l’un des marchés les plus compétitifs d’Europe, avec une pression tarifaire constante.
Un retour à trois opérateurs nationaux modifierait profondément cet équilibre. Les partisans de la consolidation y voient la possibilité de renforcer les capacités d’investissement dans la fibre et la 5G, dans un contexte de marges comprimées. Les détracteurs redoutent, eux, un affaiblissement de la concurrence et une remontée des prix pour les abonnés.
Après une due diligence menée au pas de charge, le dossier entre désormais dans sa phase la plus sensible : celle des arbitrages financiers définitifs et des négociations réglementaires. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si cette consolidation inédite peut réellement voir le jour dans les délais impartis.
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